Comment faire pour connaître les origines du burlesque ?

février 1st, 2013 § 0 comments

Il existe le burlesque et le new burlesque. Ce sont des courants qui n’ont rien à voir, mais on ne peut pas nier que le new burlesque tient ses origines, très lointaines, du burlesque, même s’il a su s’en détacher.

burlesque2Le burlesque naît au XVI siècle. Ce courant, notamment dans la littérature, est connu pour casser les normes trop conventionnelles. Le burlesque dépasse, surpasse et repousse les limites fixées. Il brouille toutes les pistes et désordonne toutes les trames.  Le burlesque peut se définir comme l’expression de la liberté universelle. Il refuse de contempler un monde où tout est déjà établi et robotisé. Antiacadémique le burlesque devient presque un art populaire. C’est un moyen de dédramatiser des situations sérieuses jouées par des notables reconnus.  Il se définit alors comme un décalage, une extravagance entre une situation précise et la façon de l’aborder. Le burlesque tourne au ridicule les personnages qu’il cible. On retient alors la pièce légendaire de Molière « Les Précieuses Ridicules», qui se jouent des dames  qui appartiennent à la haute bourgeoisie, dont le langage paraît totalement démesuré. Ainsi, ces dernières utilisent le terme « Commodité de bienfaisance » pour définir les toilettes, lieu culte de relaxation.  Avec le burlesque, Molière met en scène des personnages nobles de manière vulgaire.  A l’inverse les personnages vulgaires sont joués de façon noble, ce genre s’appelle l’héroï-comique.

Le burlesque prend toujours la position du contre pouvoir. Il se caractérise par son humour sarcastique, absurde et irrationnel. Les gags s’enchaînent sans qu’il n’y ait vraiment de rapport entre eux. Il n’y pas vraiment de logique dans les scènes d’actions qui se succèdent. L’importance est le spectaculaire et le rire. Il s’agit d’un jeu de corps et de coup.  Le fameux « slaptick », coup de bâton est naît de ce genre.  Il ne faut pas chercher à rationnaliser le burlesque mais faire appelle à ses émotions, sa sensibilité et son rapport à la dérision pour tenter de le comprendre.

Le rythme burlesque est saccadé dans les courts métrages. Dans les longs métrages, on joue avec des moments d’accélération et de ralenti. L’accent est mis sur le décor, les personnages et les objets utilisés. Le visuel tient un rôle primordial.

 

Origine

Avant d’appartenir au cinéma, le burlesque se jouait sur les scènes de rues. En plein air, devant un public populaire, le ton est mis sur l’absurde et la force des coups donnés entre les personnages. Dans les scènes théâtrales, il se joue plus un rapport au corps qu’à l’affrontement profond et psychologique de deux êtres.

Les personnages qui sont joués dans le burlesque sont soit robotisés comme des pantins aliénés à leur ficelle ou alors ils marquent catégoriquement leur refus d’obéir  à celui qui tirerait les ficelles. Cette désobéissance se manifeste par leur faculté à désacraliser des sujets de fonds politiques et sociaux. Il se joue de l’autorité, des rapports entre hommes et femmes, riches et pauvres, des valeurs du travail et de l’engagement militaire. Dans le burlesque l’acteur est libre de tout.

Pendant la période des films muet, le burlesque à pour but de faire rire. Il était donc essentiel pour les réalisateurs d’innover en matière de gags et de mise en scène. Le scénario relevait d’un dénouement doté de rebondissements, de chutes et de situations comiques dont la finalité est la destruction spectaculaire de tout, notamment du décor.

Le burlesque et le muet

Dans le cinéma, le burlesque est un genre qui a pris naissance en France. Le précurseur est Max Linder, c’est celui qui a crée le personnage phare du burlesque.  Ce personnage ressemble au célèbre « François Pignon » que l’on retrouve dans les comédies françaises. Il a la particularité d’être facilement identifiable dans tous les films qu’il joue puisqu’il ne change pas. Max Linder connait un immense succès en France. Il pourra ainsi exporter le genre burlesque Outre-Atlantique et connaître le même succès aux Etats-Unis.

A l’instar de Max Linder, le cinéma américain, détient lui aussi deux producteurs américains qui connaîtront un succès phénoménal. Il s’agit de Mack Sennett et Hal Roach.

Mack Sennett est connu dans les années 1910 pour avoir produit les comédies « Keystone Comedies ».  Il s’agit d’une satire sur l’autorité où l’objet de moquerie est des policiers. Dans ses films, Sennett traite des sujets qui touchent la vie quotidienne. Il joue énormément sur le côté spectaculaire des actions. C’est lui qui a recruté  le célèbre Charles Chaplin.

Quand à Hal Roach, il joue plus sur l’effet de surprise. Il met l’accent sur la chute spectaculaire de l’action. C’est lui qui a déniché le merveilleux duo Laurel et Hardy.

On notera que tous ces personnages, qui ont appartenu au genre burlesque ont une personnalité, une gestuelle, une démarche qui leur est propre. Chaplin en est le roi de la gesticulation. On se souvient également des différences marquantes entre la corpulence de Laurel et celle d’Hardy.

Ces acteurs ont crée leur personnage, au complet. Ils avaient la volonté d’exprimer leur univers théâtral mais aussi le rapport qu’ils avaient au monde, aux autres et à la société. C’est une des raisons  pour laquelle ces acteurs ne sont pas restés qu’acteurs,  ils ont créé leurs films en portant toutes les casquettes de l’univers cinématographique, de la scénarisation à la production en passant par la réalisation.

Chaplin le roi du muet

Chaplin est une légende cinématographique. Il est natif de la Grande Bretagne, il émigre aux Etats-Unis durant son enfance. Chaplin n’a pas mis longtemps à devenir une célébrité dans le 7ème art. Ses comédies abordent des sujets très psychologiques. Il est connu pour son humanité et sa sensibilité. Chaplin joue ce qu’il ressent. C’est un homme instinct.  Acteur, il s’adressait à son réalisateur Sennett puisqu’il aimait  jouer la véritable nature de l’homme, cet homme qui recèle plusieurs facettes. Chaplin voulait montrer à l’écran l’homme qui n’assume pas sa nature au complet. Cet homme qui se dit sage alors qu’il est excité.  Cet individu qui s’amuse à étaler son savoir alors qu’il ne connait pas grand chose.

En France, on utilisait beaucoup le terme « Charlot », dans les années 70 et 80 pour désigner une personne qui joue l’imbécile ou fait le clown. Charlot vient naturellement de Chaplin. Ce surnom est tiré sur film « The Tramp », où Chaplin interprétait  un vagabond. Charlot est un personnage insensible et très épris de sa propre personne. Il fait preuve d’un égoïsme permanent.  Son égocentrisme va encore plus loin dans « Charlot s’évade », en 1917.

La fin du muet mais pas celui du burlesque

Vers la fin des années 20, les acteurs qui résisteront à la fin du muet se comptent sur les doigts de la main. Celui qui persiste et qui garde même sa notoriété est Chaplin. Le célèbre duo Laurel et Hardy s’est fait connaître lors du passage au parlant. Quant aux frères Marx, ils font une entrée fracassante dans le cinéma parlant.

Laurel et Hardy

On retiendra des gags phares et intemporels comme le slowburn, où la victime du gag ne réagit pas tout de suite à ce dernier. Le double take and fade away, c’est une situation comique où l’abusé ou le spectateur ne se rend pas compte de l’ampleur du gag au premier coup mais au second coup. La dévastation est un geste anodin dont les conséquences sont destructrices.

Laurel et Hardy furent le couple adulé de tous les enfants. Dans leur jeu, l’exagération  de l’imaginaire est prédominante. Dans leur monde tout est possible même les choses les plus inimaginables. Dans leurs films le rêve des adultes et surtout des enfants prend forme. Laurel se présente un peu comme l’inspecteur Gadget. Il donne le feu avec son doigt briquet, à l’instar d’Obélix, il peut ingurgiter des quantités astronomiques de choses quelconques. Il a la faculté de remuer ses oreilles.

Hardy est un homme chic qui a le sens du style et qui aspire à une vie paisible. Ce malheureux est totalement désappointé par son acolyte.  Les incroyables maladresses de Laurel entraînent Hardy dans des situations où il ne peut plus se défaire. Hardy n’a pas d’autre échappatoire que de se résigner. On se souviendra dont son regard légendaire de résignation.

Ce couple mythique est connu pour l’un de leur chef d’œuvre « Les compagnons de la nouba, en 1933 »  qui peut être défini comme une satyre des rapports  de couple entre l’homme et la femme. La femme représente alors la droiture et l’ordre auquel l’homme tente de s’opposer.

Les frères Marx

Leur nom se termine tous par un o.

Harpo, Gummo, Zeppo, Groucho, Chico.  C’est Harpo, Groucho et Chico qui seront les interprètes des films.  A travers les caractéristiques des personnages, on note un clin d’œil au parlant avec Goucho, le moulin à parole, une révérence au burlesque avec Harpo, le muet, et une pensée à l’Italie avec Chico et son accent du pays inoubliable.  Ces personnages sont interprétés comme des pantins désarticulés qui sont victimes de leur propre impertinence, tels que les  hommes politiques, les vagabonds richissimes…

L’arrivée de Jerry Lewis.

C’est dans les années cinquante que le burlesque vit une véritable résurrection grâce à Jerry Lewis.  Cet artiste aux multiples facettes déploie ses capacités et ses savoirs faire. Ainsi, il est doté d’une souplesse physique redoutée. Très doué, il met en scène ses capacités de danseurs, d’acrobate, de chorégraphe, etc…

Hors caméra, Jerry Lewis se montre très ingénieux,  c’est lui qui mettra en place l’assistance vidéo.  Il utilise ses compétences et se démarque en interprétant plusieurs rôles dans  un même long métrage.  Il est aussi à l’origine de Docteur Jerry et Mister love inspiré de docteur Jekyll et Mister Love. Dans ce film, Jerry Lewis joue un double rôle, celui d’un professeur introverti et d’un séducteur loufoque, Boddy Love. Ce dernier est la caricature type de la gente masculine américaine, du modèle  mâle dans sa réduction la plus comique.  Eddy Murphy reprendra ces codes dans l’incontournable « Professeur Foldingue ».

Dans les années  70, Woody Allen rend hommage au burlesque. Ainsi, ces chefs d’œuvre contemporains possèdent les bribes du burlesque.

Au cinéma, le burlesque n’est pas proprement définit mais il est tout le temps présent.  Il est la symbolique de ce qui contre le pouvoir qui règne à travers les gags. L’auto dérision et l’humour sont les moyens d’accepter l’individu dans sa complexe totalité.  Le genre burlesque a le plus souvent été incarné par ceux qui appartenaient à la différence ou aux minorités.  Le burlesque est un moyen de revendiquer son existence.

Le burlesque possède une stratégie d’attaque extrêmement subtile. Il  s’intéresse à la faille de sa cible pour mieux la faire tomber.  Cette faille il l’extirpe, la formate, la remodèle, la rejoue, l’exagère, la réduit, il reprend cette faille sous différente forme.  On se souviendra de l’entartrage de Laurel et Hardy qui prendra des proportions gargantuesque.  A force de transgresser l’ordre dans le seul but de le transgresser on arrive à la destruction.

L’arrivée des Pin up

vetementpinupLa photographie apparait au 19ième siècle, vers 1830.  Les photos de charme font leur entrée dans le marché noir de manière fracassante à prix très élevées car elles se faisaient rares.  Ces photos se multiplient et sont publiées par différents fournisseurs mais l’état considère ce marché comme illégal. Toutes personnes qui posent, qui marchandent, qui participent d’une manière ou d’une autre à ces tirages sont sanctionnées.  Cependant ces condamnations n’empêchent pas  ces photographies de trouver  leur  public et de continuer à fonctionner.

Dans les années 1880, les femmes représentées dans ces clichés sont reconnues aussi bien par la gent masculine que féminine.  La femme est montrée comme libre de ses choix. Elle est glamour sans être vulgaire. Très féminine, elle est attirante mais reste intouchable.

C’est en 1940 que le mot pin up nait.  La pin up n’a rien de vulgaire. La définition propre du mot pin up est une jeune fille qui est épinglée au mur. En effet, il s’agit de très jolies demoiselles qui prennent la pose, une pose très attrayante. Elles représentent à leur manière la féminité, le charme et le glamour.

Après la seconde guerre mondiale,  les pin up connaissent leur heure de gloire. A cette époque, les militaires étaient très affriolés par ces figures emblématiques du charme. Ces pin up étaient un moyen de se divertir,  d’humaniser et d’égayer les moments  durs et de tristesse durant cette période de tueries, de guerre et d’horreur. Beaucoup de pilotes se faisaient remarquer avec leur nose d’art. Il  s’agissait de peinture représentative de pin up portée au devant de leur aviation.  Ces représentations sortaient tout de droit de magasines populaires et reconnus. Les années 50 sont les années  pin up sous toutes ses coutures. En plus d’être en couverture de magasines spécialisés,  on pouvait les observer sur des calendriers, des cartes, des posters. Elles deviennent même des pièces rares à collectionner.

La popularité et la notoriété des pins up va durer pendant un long moment, plus de 20 ans.  Ces égéries du charme vont même devenir l’emblème d’une grande marque de renommée  de boisson gazeuse. Elles sont les moyens par lequel les grands publicitaires arrivent à mettre en place leur stratégie de marketing.

La société évolue, les mentalités changent, les attentes du public deviennent différentes. Le cinéma, les magasines passent par un autre mode de communication pour parler du charme. L’arrivée de la pornographie et de l’érotisme éteint malheureusement la période du pin up, au profit de femmes totalement dénudées et de meilleurs tirages photos en termes de qualité.

Mais la nostalgie revient au goût du jour. Depuis quelques années, des égéries telles que Dita von Teese rappelle cette époque avec goût et charisme.

Le new burlesque

Il tient ses origines du burlesque puisqu’il se place en contre-culture. Ce mouvement est né aux Etats-Unis dans les années 90’s. Le new burlesque se définit par  son côté spectaculaire et les capacités  physiques des danseuses scéniques, dotées d’une pointe d’humour.

ditavonteese

Les premiers cabarets ont vu le jour à Paris au XIX siècle.  A cette époque, ils ont connus une renommée internationale tel le que Le Moulin Rouge ou les Folies Bergères. Les cabarets vont alors voyager en Amérique sous le nom de burlesque.  Les premiers girls-shows naissent, ce qui n’a rien à voir avec le strip tease.

Dans les années 40 et 50, la période rêvée du burlesque, ce genre s’apparente au rock and roll.  Le burlesque se popularise et devient un réel divertissement. Dans les années 70, la télévision fait son apparition et bien d’autres divertissements sont accessibles au grand public, notamment  pour le public adulte avec la légalisation de certaines revues, le burlesque comme il l’est entendu aux Etats-Unis perd sa côte.  Puis dans les années 1990 on assiste à la renaissance du burlesque. moderne

De nombreuses troupes s’organisent dans les villes comme Los Angeles, New York ou Seattle et mettent au goût du jour le burlesque  sans modifier, innover ou changer l’essence de ce mouvement. L’effeuillage est de retour dans les cabarets. A cette période, le new burlesque n’est pas que spectaculaire, strass, paillette et théâtre de cabaret. Il a une volonté politique, le message prône l’acceptation de la femme telle qu’elle est et non comme on la montre dans les magasines. Ainsi, sur les planches des cabarets le physique n’est beau que lorsque la personne qui l’arbore accepte son corps, et n’a pour volonté que le show.  Ce n’est finalement qu’en 2001, qu’au Etats Unis, en Californie une troupe d’effeuilleuses fait salle comble dans un théâtre de renommé.

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