Comment faire pour… mieux comprendre les neurotoxines botuliques et les toxines tétaniques ?

février 18th, 2012 § 1 comment

Ceci est un test d’un logiciel d’OCR sur un article du TOME 78 de mai 1994 : n°5 du bulletin mensuel de la société vétérinaire pratique de France (Bull. Soc. Vét. Prat. de France mai 1994, T. 78, 11° 5, p. 253).

Structure, génétique et applications des neurotoxines botuliques et de la toxine tétanique par M.R. POPOFF – Docteur-Vétérinaire, Unité des Toxines Microbiennes.

Introduction

Les neurotoxines botuliques sont les toxines les plus puissantes parmi toutes les toxines bactériennes, animales, végétales et les composés chimiques toxiques. Elles présentent, ainsi que la toxine tétanique, une haute affinité pour les cellules nerveuses. Les neurotoxines botuliques induisent des paralysies flasques en inhibant la libération de neuromédiateurs au niveau des plaques neuromotrices (jonctions neuromusculaires des nerfs moteurs). La toxine tétanique agit également en bloquant la libération de neuromédiateur, mais au niveau des interneurones régulateurs de l’arc réflexe situés dans la moelle épinière. Le tétanos se caractérise par des contractures musculaires spasmodiques puis permanentes par exacerbation de l’arc réflexe.
Le tétanos et le botulisme sont des affections de l’homme et des animaux connues depuis l’antiquité. A la fin du XIXe siècle, deux chercheurs italiens mirent en évidence la transmission du tétanos par injection à des lapins de suspension d’abcès provenant d’un patient tétanique. Quelques années plus tard, KITASSATO obtint une culture pure d’une bactérie toxinogène et montra que le filtrat de culture contenait un facteur responsable des symptômes tétaniques. RAMON, en 1925, réalisa l’immunisation active avec de la toxine tétanique traitée par le formol. Le botulisme avait été reconnu comme une intoxication alimentaire depuis plusieurs siècles avant J.C. L’origine bactérienne en fut établie en 1897 par VAN ERMENGEM. Il isola une bactérie anaérobie d’un jambon et du foie de 3 personnes décédées parmi 30 atteintes de botulisme. Les filtrats de culture injectés à des animaux de laboratoire reproduisaient les symptômes de paralysie du botulisme. Les analyses bactériologiques et toxicologiques des différents foyers de botulisme permirent l’identification de 7 toxinotypes de neurotoxines botuliques (types A, B, C1, D, E, F et G) (13). Depuis, de nombreux travaux ont été entrepris sur la caractérisation de ces toxines et plus récemment sur leur génétique. Ce n’est que ces dernières années qu’une autre équipe italienne a commencé à élucider le mécanisme d’action de ces neurotoxines au niveau moléculaire.

1 – Les clostridium producteurs de neurotoxine

C. tetani
Les clostridium producteurs de neurotoxine tétanique appartiennent à l’espèce C. tetani. Les souches de C. tetani sont homogènes d’après leurs caractères bactériologiques et génétiques (hybridation DNA/DNA). Ce sont des bacilles mobiles, anaérobies stricts, et caractérisés par la présence d’une spore terminale, ronde ct déformant largement la bactérie. La capacité à sporuler est variable d’une souche à l’autre. Il existe des variants non toxinogènes, qui sont indistinguables des souches toxinogènes d’après leurs caractères bactériologiques et les homologies DNA/DNA.
C. tetani est largement répandu dans le sol à travers le monde entier. Il est retrouvé référentiellement dans les zones chaudes et tempérées, et est plus rare dans les régions du Nord. Les sols neutres et alcalins, ayant une humidité d’au moins 15 % et dont la température est d’au moins 20°C, sont les plus favorables à la survie et à la multiplication de C. tetani (4).
Clostridium producteurs de neurotoxine botulique
Au contraire de C. tetani, les clostridium producteurs de neurotoxine botulique forment un groupe très hétérogène. L’espèce C. botulinum a été définie sur la base d’un seul caractère phénotypique, la production de neurotixine botulique. Cette espèce a été divisée en 4 groupes d’après leurs propriétés biochimiques et physiologiques (14). .
Le groupe I (souches de type A et souches protéolytiques des types B et F) comprend des souches protéolytiques qui n’acidifient pas les glucides. Leurs spores sont généralement très thermorésistantes.
Les souches du groupe II (type E et souches non protéolytiques de type B et F) sont glucidolytiques et non protéolytiques. Elles ont la particularité de cultiver et de produire la neurotoxine à basse température (2,5°C pour C. botulinum E).
Les souches du groupe III (types C et D) sont non protéolytiques et fermentent certains substrats carbonés.
Le groupe IV correspond aux C. botulinum G caractérisés par l’absence de protéolyse, d’acidification de glucides et de production de lipase. Actuellement, ce groupe est considéré comme une nouvelle espèce : C. argentinense (24).
Sur le plan génétique, ces 4 groupes physiologiques de C. botulinum correspondent à 4 groupes distincts d’homologie DNA/DNA. Dans chaque groupe, il existe des souches toxinogènes et non toxicogènes qui sont indistinguables en homologie DNA/DNA. Par contre, les souches de même toxinotype, appartenant à des groupes différents, sont faiblement apparentées génétiquement.
La position taxonomique de C. botulinum est devenue encore plus complexe avec la mise en évidence de clostridium appartenant à des espèces différentes et capables de produire une neurotoxine botulique. C’est le cas de deux souches de C. butyricum qui synthétisent une neurotoxine botulique de type E et de 3 souches de C. baratii qui produisent une neurotoxine de type F. Ces souches toxinogènes sont homologues en hybridation DNA/DNA avec les souches types des espèces auxquelles elles appartiennent. Le caractère, production de neurotoxine botulique, est important d’un point de vue médical, mais est insuffisant pour définir une espèce bactérienne.
Ecologie des Ciostridium producteurs de neurotoxine botulique
Les Ciostridium producteurs de neurotoxine botulique sont universellement répandus. Cependant, les différents types toxiniques ont une distribution géographique distincte. Ainsi, C. botulinum E est prédominant dans l’environnement aquatique des régions nordiques (Canada, Alaska, Europe du Nord, partie Nord du Japon), C. botulinum A dans le sol de la partie Ouest des USA, en Amérique du Sud et en Chine, C. botulinum B dans la partie Est des USA, en Grande-Bretagne et en Europe continentale. C. botulinum C et D sont retrouvés essentiellement dans les cadavres d’animaux et le sol environnant dans les régions tempérées et chaudes. C. butyricum et C. baratii sont ubiquitaires. Il n’a pas été mis en évidence de localisation particulière des souches toxinogènes de C. butyricum et C. baratii.

2- Structure des neurotoxines botuliques et tétanique

Les neurotoxines botuliques et tétaniques partagent une structure commune. Elles sont synthétisées sous forme d’une protéine d’environ 150 kDa, qui est peu ou pas active. Cette protéine précurseur est activée par protéolyse en une forme mature qui est constituée d’une chaîne légère (L) d’environ 50 kDa et d’une chaîne lourde (H) d’environ 100 kDA, qui sont reliées par un pont disulfure.
Structure et domaines fonctionnels de la toxine tétanique et des neurotoxines botuliques (Les zones noires correspondent aux régions conservées).
La chaîne H reconnaît par sa partie C terminale un récepteur à la surface des neurones dont la nature exacte n’est pas encore élucidée. L’ensemble de la neurotoxine fixée sur son récepteur est endocytosé. La vésicule d’endocytose contenant la neurotoxine est acidifiée, ce qui entraîne un changement de conformation de la neurotoxine et déclenche la translocation de la chaîne L dans le cytosol par l’intermédiaire de la moitié N-terminale de la chaîne lourde. La chaîne L libérée dans la cytosol est responsable des perturbations physiologiques des neurones.
Les neurotoxines botuliques sont associées à d’autres protéines non toxiques par des liaisons non covalentes pour former des complexes. Leurs tailles varient de 300 à 500 kDa selon le type toxinique. Les protéines de ces complexes se dissocient lorsque le pH est inférieur à 8 et se réassocient spontanément aux pH supérieurs à 8. Certaines des protéines non toxiques ont une activité hémagglutinante. La fonction de ces complexes n’est pas clairement comprise. Ils auraient un rôle protecteur de la neurotoxine botulique vis-à-vis des pH acides et des protéases. En effet, par administration par voie orale, l’activité létale est d’autant plus élevée que les complexes sont de grande taille. La neurotoxine botulique seule a une activité réduite par voie orale alors qu’elle est nettement plus active après injection intrapéritonéale. Il faut noter que la toxine tétanique ne forme pas de complexe et n’est pas active par voie orale.

3 – Gènes des neurotoxines botuliques et tétanique

Actuellement, les gènes de la toxine tétanique et des différents types de neurotoxines botuliques ont été clonés et séquencés (8). Leur localisation est variable selon les groupes bactériologiques de Clostridium producteurs de neurotoxine. Chez les souches de C. botulinum A, B, E et F des groupes I et II, le gène de la neurotoxine est localisé sur le chromosome bactérien, chez les souches de type C et D (groupe III), le gène de la neurotoxine est porté par un phage, chez les souches de type G (groupe IV) et C. tetani, il est localisé sur un plasmide de grande taille. Chez C. butyricum, la localisation du gène de la neurotoxine est probablement chromosomique et elle est encore indéterminée chez C. baratii.
Ces différentes localisations suggèrent des transferts de gènes de neurotoxine entre Clostridium. Chez C. botulinum C et D, la perte du phage portant le gène de la neurotoxine CI ou D s’accompagne d’une abolition de la toxicogénèse. Les souches atoxiques ainsi obtenues peuvent être réinfectées par un phage portant le gène C1, et deviennent un C. botulinum de type C, ou par un phage portant le gène de la neurotoxine D, et deviennent alors un C. botulinum de type D. De même, les souches de C. tetani privées de leur plasmide hébergeant le gène de la toxine tétanique sont atoxiques.
Les souches toxiques de C. butyricum et de C. baratii ont probablement acquis le gène de la neurotoxine botulique E et F de C. botulinum E et F respectivement par un mécanisme non encore élucidé.
Les gènes codant pour les composants non toxiques des complexes des neurotoxines botuliques semblent être localisés à proximité des gènes des neurotoxines. Leur étude est encore en cours. Chez C. botulinum C, le locus du complexe neurotoxique comporte 6 gènes (FIGURE 2) (14). Le gène de la neurotoxine botulique C1 est localisé en partie 3′ de ce locus. Il est précédé par un gène transcrit dans le même sens qui code pour une protéine non toxique de taille (139 kDa) voisine de celle de la neurotoxine C1. L’analyse des sites d’initiation de transcription a montré que le gène de la neurotoxine C1 est soit transcrit seul soit cotranscrit avec le gène codant pour la protéine de 139 kDa. Le fait que ce gène soit cotranscrit avec celui de la neurotoxine C1 suggère que le produit de ce gène joue un rôle important dans la structure du complexe neurotoxique.
En amont de ces 2 gènes, sont situés 3 gènes très proches l’un de l’autre, transcrits en sens inverse de ceux de la neurotoxine C1 et de la protéine de 139 kDa et codant pour des protéines de 33, 17 et 76 kDa. La protéine de 33 kDa a une activité hémagglutinine. Les 2 autres protéines pourraient être des composants additionnels d’hémagglutinine. Le 6° gène est situé à l’extrémité 3′ du locus du complexe neurotoxique et code pour une protéine de 22 kDa qui présente les propriétés des protéines se fixant à l’ADN, à savoir un pI basique (10.l) et la présence de motifs hélice-tour-hélice. De plus, il présente 29 % d’identité avec le gène régulateur uviA de C. perfringens qui contrôle la production de bactériocine (6). Il pourrait être un gène régulateur contrôlant l’expression des gènes du complexe de la neurotoxine C1.

4 – Homologie entre les neurotoxines

D’après les séquences protéiques déduites des séquences nucléotidiques de leurs gènes, les neurotoxines botuliques et la toxine tétanique possèdent un nombre d’acides aminés sensiblement équivalent (de 1.251 à 1.315). Les pourcentages d’identité s’échelonnent de 24 à 95 % (14).
La neurotoxine botulique B est celle qui est la plus apparentée à la toxine tétanique (42,4 % d’identité). Au sein du type B, il existe des variations entre les neurotoxines produites par les souches protéolytiques et non protéolytiques (92,7 % d’identité).
Les neurotoxines C1 et D sont très apparentées (53,8 % d’identité) et forment une branche phylogénétique séparée des autres neurotoxines. Les types C1 et D sont essentiellement impliqués en pathologie animale.
La neurotoxine de type A est phylogénétiquement à part des autres neurotoxines. C’est la plus active des neurotoxines botuliques.
Les neurotoxines de type E produites par C. botulinum E et les souches toxiques de C. butyricum sont très homologues (96,8 % d’identité), bien que ces clostridium appartiennent à des espèces très différentes d’après leurs caractères bactériologiques. La parenté entre les neurotoxines de type F provenant des souches de C. botulinum F et de C. baratii est moins élevée (70,5 %).
L’analyse du multialignement des séquences protéiques par le programme MACAW (21) montre plusieurs blocs de similarité entre les neurotoxines botuliques et la toxine tétanique :
Trois blocs de haute similarité sont présents dans les chaînes L :
- les 145 premiers résidus
- la région centrale (résidus 220 à 255) contenant le motif de métalloprotéase dépendante du zinc (HExxH)
- les résidus 315 à 350 les 2 cystéines impliquées dans le pont disulfure entre les chaînes L et H sont conservés.
- Les 80 résidus N-terminaux et environ les 170 C-terminaux des chaînes H sont variables.
La moitié C-terminale des chaînes H est impliquée dans la reconnaissance d’un récepteur à la surface des cellules nerveuses. Ce fragment est dénommé Fc (résidus 858 à 1.315) chez la toxine tétanique. Il a été montré que les 194 acides aminés C-terminaux de ce domaine sont suffisants pour l’activité de liaison avec le récepteur (7). La zone variable C-terminale reflète probablement la reconnaissance de récepteurs différents par chaque type de neurotoxine. Cependant, 3 résidus Trp (position 1298, 1303 et 1312 sur la séquence de la toxine tétanique) sont conservés et un ou plusieurs acides aminés chargés sont présents à l’extrémité de chaque neurotoxine. La signification de ces résidus conservés n’est pas encore connue. Les résidus C-terminaux semblent critiques dans l’activité de liaison avec le récepteur chez la toxine tétanique. En effet, la délétion des 5 derniers acides aminés du fragment Fc est sans effet, mais la délétion des 10 derniers acides aminés diminue drastiquement cette activité (7). Six blocs d’homologie sont conservés entre les chaînes H qui sont répartis dans 2 régions : résidus 550 à 860 et résidus 930 à 1.140. La première région conservée (résidus 550 à 860) contient le domaine de translocation. Le segment 668 à 690 de la toxine tétanique est prédit pour être un domaine transmembranaire et est capable de former des pores expérimentalement à travers des bicouches lipidiques (12). Ce segment, plus particulièrement le motif (L(L,M)(L,M)ExxPE(L,I,F)×(L,I,V)P, est conservé dans toutes les séquences de neurotoxines botuliques et la toxine tétanique.
Le taux élevé d’identité entre les neurotoxines botuliques et la toxine tétanique suggère que ces toxines dérivent d’un ancêtre commun. Ce gène ancestral aurait évolué et divergé après transfert dans diverses espèces de clostridium pour donner les différentes neurotoxines botuliques connues, alors que chez C. tetani, il est resté stable. Aucune variation de la toxine tétanique n’a été observée à ce jour.

5 – Mode d’action

Les cellules nerveuses synthétisent des neuromédiateurs qui s’accumulent dans les vésicules synaptiques des terminaisons nerveuses. En réponse à l’influx nerveux, une entrée de Ca++ au niveau des extrémités nerveuses stimule la fusion des vésicules synaptiques avec la membrane plasmatique, ce qui s’accompagne de la libération des neuromédiateurs dans l’espace intersynaptique ou la jonction neuromusculaire. Les neuromédiateurs assurent la conduction nerveuse entre cellules nerveuses à travers les synapses ou entre cellules nerveuses et cellules effectrices telles que les cellules musculaires.
Les neurotoxines botuliques et la toxine tétanique ont la propriété d’inhiber la libération de neuromédiateurs. Les neurotoxines botuliques reconnaissent des récepteurs aux extrémités démyélinisées des motoneurones. Elles sont internalisées dans les neurones et inhibent la libération d’acéty1choline au niveau de la jonction neuromusculaire. La toxine tétanique pénètre dans les terminaisons nerveuses et migre par voie axonale jusqu’aux neurones cibles (cellules de RENSHAW ou interneurones régulateurs) situés dans la moelle épinière et dont le neuromédiateur est la glycine.
Différents modèles expérimentaux ont été développés pour étudier les effets des neurotoxines : diaphragme isolé de souris, mollusque marin (Aplysia californica) qui a la particularité d’avoir des ganglions avec des corps cellulaires nerveux développés permettant la micro-injection de neurotoxines. Les effets des neurotoxines sur la réponse nerveuse sont étudiés par analyse des enregistrements électrophysiologiques. L’inhibition de la libération des neuromédiateurs radiomarqués (noradrénaline ou acétylcholine tritié) peut aussi être mesurée dans les cellules adrénaliennes chromaffines bovines ou des cellules nerveuses en culture (PC12). Cependant, ces cellules présentent un nombre réduit de récepteurs pour les neurotoxines. L’introduction de quantité suffisante de neurotoxines dans les cellules est assurée par semiperméabilisation des membranes cellulaires à l’aide de toxine membranolytique telles que la streptolysine (OSLO). Ces modèles ont permis d’établir que la chaîne L, libérée dans le cytosol des cellules nerveuses, est responsable de l’inhibition de la libération des neuromédiateurs (13). La première indication de l’activité enzymatique des neurotoxines a été fournie par l’analyse des séquences des métalloprotéases dépendantes du zinc. Ces protéases présentent toutes le motif HExxH. Celui-ci a été retrouvé dans la toxine tétanique, seule séquence de neurotoxine connue au moment de cette étude. Les 2 résidus His et le résidu Glu par l’intermédiaire d’une molécule de HZO sont impliqués dans la liaison avec un atome de Zn qui joue un rôle central dans l’activité protéasique (9, 25). Par la suite, le séquençage des neurotoxines botuliques révéla que le motif HExxH est conservé. Il a été montré qu’une molécule de zinc est associée à une molécule de chaîne L de toxine tétanique ou de neurotoxine botulique par des mesures de spectroscopie d’adsorption atomique ou de dialyse à l’équilibre (19, 26). Les inhibiteurs des protéases dépendantes du zinc tels que le captopril et le phosphoramidon préviennent les effets de la toxine tétanique et des neurotoxines botuliques sur la libération des-neuromed1ateurs (5, 17). De même, le diéthylpyrocarbonate qui est un oxydant spécifique des résidus His inactive les neurotoxines botuliques (1).
Ces données indiquaient que la toxine tétanique et les neurotoxines botuliques étaient des métalloprotéases dépendantes du zinc. La preuve formelle résidait dans la mise en évidence de leur substrat. Etant donné la haute spécificité d’action de ces toxines sur la libération des neuromédiateurs, leur(s) Cible(S) devait être des composants très particuliers impliqués dans l’exocystose des neuromédiateurs. Un certain nombre de protéines associées aux vésicules synaptiques et autres structures des terminaisons nerveuses avaient été caractérisées et ont été testées comme substrat potentiel de l’activité protéasique des neurotoxines. Il a été ainsi montré que la toxine tétanique et les neurotoxines botuliques de type B, D et F clivent spécifiquement la synaptobrévine (ou VAMP) qui est une protéine de 13 kDa associée aux membranes des vésicules synaptiques (10, 16, 18, 20), que les neurotoxines botuliques A, B et E clivent SNAP25 (Synaptosomal Associated Protein) (2, 18), et la neurotoxine botulique C1 la syntaxine (35 kDa) (3). Ces 2 dernières protéines sont associées aux membranes synaptiques.
De façon indépendante, l’équipe de ROTHMAN a étudié le processus d’exocystose et a caractérisé les principaux composants impliqués dans son mécanisme (22, 23). Le facteur NSF (N-éthylmaléimide Sensitive Fusion Protein) joue un rôle clé dans la fusion des vésicules avec les membranes. Ce facteur s’associe avec un facteur trimérique soluble (oc, B et YSNAPS, Soluble NSF Attachment Protein) et à d’autres protéines membranaires pour former le complexe 208 qui initie la fusion entre membranes vésiculaire et plasmatique. Par des méthodes biochimiques à partir d’extraits de cerveau, les protéines membranaires s’associant à NSF-SNAPS ont été identifiées comme étant la synaptobrévine, localisée dans la membrane des vésicules synaptiques, la syntaxine et SNAP25 qui sont associées à la membrane présynaptique. Le fait que ces 3 protéines soient la cible des neurotoxines signifie qu’elles ont une fonction importante dans l’exocytose des neuromédiateurs.
Le schéma actuellement proposé d’exocytose des neuromédiateurs est présenté à la FIGURE 4. Les protéines synaptobrévine, syntaxine et SNAP25 sont responsables de l’accostage des vésicules contenant les neuromédiateurs près de la membrane présynaptique. Une autre protéine membranaire des vésicules synaptiques, la synaptotagmine préviendrait la fusion membranaire en masquant les récepteurs présents sur une ou les 3 protéines précédentes pour SNAPs. En réponse à un influx nerveux, se traduisant par une entrée de Cat++ dans les terminaisons nerveuses, la synaptotagmine libérerait les récepteurs pour SNAPS par des étapes non encore identifiées. SNAPs puis NSF se lient aux protéines membranaires synaptobrévine, syntaxine et SNAP25 formant le complexe 20S. NSF est une ATPase qui apporte de l’énergie au système en hydrolysant l’ATP. Ceci déclenche la fusion des membranes permettant la libération des neuromédiateurs dans l’espace intersynaptique (22, 23).
Ce schéma, encore incomplet, semble général chez toutes les cellules et concerne aussi bien l’exocytose régulée que constitutive. L’accostage des vésicules sur la membrane plasmatique ferait intervenir la reconnaissance de 2 groupes de protéines, les unes associées à la membrane vésiculaire, les autres associées à la membrane plasmatique, analogues à la synaptobrévine, syntaxine et SNAP25 des cellules nerveuses. Un homologue de la synaptobrévine, dénommé cellubrévine, a été identifié dans toutes les cellules. La cellubrévine intervient dans le processus d’exocytose et est clivée par la toxine tétanique (11).

6 – Applications

Les toxines bactériennes se sont révélées des outils très précieux pour analyser certains mécanismes de biologie cellulaire.
Ainsi, la toxine cholérique et celles de Bordetella pertussis ont permis de mettre en évidence et d’étudier la régulation de l’adénylcyclase et la production d’AMP cyclique dans les cellules.
Actuellement, une perçée importante a été réalisée dans la connaissance du processus d’exocytose grâce à la toxine tétanique et aux neurotoxines botuliques. Les travaux en cours tentent d’élucider la fonction exacte des composants synaptobrévine, syntaxine et SNAP25 dans l’exocytose. Les toxines bactériennes sont également utilisées dans la thérapeutique et la prévention de certaines affections. La vaccination représente la première application historique et consiste en l’induction d’anticorps protecteurs par injection d’anatoxine qui est la forme de toxine immunogénique mais non toxique. Ces anatoxines sont classiquement obtenues par traitement au formol. La tendance actuelle est d’utiliser des composants recombinants de toxines comme vaccin. Ceux-ci consistent en un fragment de toxine qui génère les anticorps protecteurs et est dénuée d’activité toxique. Ce fragment, obtenu par ingénierie génétique, correspond dans la majorité des cas au domaine de fixation de la toxine sur son récepteur cellulaire. Les anticorps bloquant la reconnaissance d’une toxine pour son récepteur à la surface des cellules sont généralement les plus efficaces pour prévenir une affection par toxine, ceux inhibant le site actif le sont moins. L’avantage de ce type de vaccin est une parfaite sécurité de production, puisqu’il n’y a plus de manipulation de toxine active et d’utilisation, étant donné que tout risque de réversibilité de toxicité est écarté.
Les domaines de fixation aux récepteurs des cellules nerveuses de la toxine tétanique (dénommés Fc) et de la neurotoxine botulique A se sont révélés des vaccins efficaces. Leur production avec des rendements élevés et leur standardisation comme vaccin sont en cours de développement.
Peu de molécules ont la possibilité de traverser la barrière méningée. La toxine tétanique a la capacité de pénétrer dans les cellules nerveuses et de migrer jusqu’aux corps cellulaires situés dans les centres nerveux. Cette propriété est médiée par la chaîne H qui, inoculée seule, est dépourvue de toxicité. La chaîne H de la toxine tétanique pourrait constituer un transporteur de molécule active vers le système nerveux central. Une molécule d’intérêt thérapeutique pourrait être couplée à la chaîne H à la place de la chaîne L et ainsi serait délivrée spécifiquement dans le système nerveux central. L’étude du transport de la toxine tétanique dans le tissu nerveux est encore incomplète. Cette étape est indispensable pour envisager une application thérapeutique.
Les neurotoxines botuliques produisent des effets paralysants par action sur les terminaisons des nerfs moteurs. Par injection intramusculaire, elles induisent une paralysie locale dans un premier temps qui se généralise en fonction de la dose administrée. Lorsque de très petites quantités de neurotoxine sont injectées dans un muscle, une paralysie locale de ce muscle se produit sans effet sur les autres muscles. Ceci est utilisé en médecine humaine pour traiter les contractures musculaires permanentes et localisées telles que le blépharospasme, la paralysie hémifaciale spastique, le torticolis rebelle, la crampe de l’écrivain… (15). De plus en plus d’indications, aussi bien en ophtalmologie qu’en neurologie, répondent au traitement par les neurotoxines botuliques. Actuellement, la neurotoxine botulique A à usage thérapeutique est commercialisée par deux laboratoires étrangers et bientôt par un laboratoire français.

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§ One Response to Comment faire pour… mieux comprendre les neurotoxines botuliques et les toxines tétaniques ?

  • Quelles sont les influences dans le mileu vétérinaire... - Live NextSeo dit :

    [...] uilisant les neurotoxines botuliques et la toxine tétanique [...]

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